©Udo Schröter
Suède 🇸🇪

Le procès qui bouscule l’Académie suédoise

Le procès à huis clos de Jean-Claude Arnault, un français proche de l’Académie suédoise, s’est ouvert mercredi 19 septembre 2018 à Stockholm (Suède). Il y est jugé pour des faits de viol et d’agressions sexuelles. Son influence sur la scène culturelle suédoise et le scandale lié à l’affaire ont poussé au report de l’attribution du prix Nobel de Littérature de 2018.

Beaucoup le surnomme le « Harvey Weinstein Suédois ». Pourtant, la réputation de Jean-Claude Arnault n’est fondée que sur des mensonges et sur le génie de sa femme, Katarina Frostenson, membre de l’Académie suédoise et poétesse reconnue. Il est jugé devant le tribunal de Stockholm jusqu’à lundi 24 septembre 2018 pour des faits de viol qui remontent à sept ans plus tôt. La plaignante, qui a souhaité rester anonyme, l’accuse de l’avoir violé en octobre 2011 et d’avoir à nouveau abusé d’elle en décembre de la même année.

« Il avait la réputation d’avoir des mains baladeuses »

L’affaire avait été révélée le 21 novembre 2017 suite au mouvement #metoo, lorsque dix-huit femmes l’accusent dans le quotidien suédois Dagens Nyheter d’agression sexuelles et de rapports forcés entre 1996 et 2017. Huit femmes ont porté plainte à la suite de l’article mais sept ont été déboutées pour cause de prescription des faits.

L’homme de 72 ans aurait pu être jugé bien plus tôt. A l’instar du magnat hollywoodien, son comportement avait été dénoncé dès 1997, explique Le Monde. Un article intitulé Sexterror i kultureliten faisait état de « la terreur sexuelle dans l’élite culturelle » suédoise, mais l’affaire avait rapidement été étouffée par sa femme et ses proches. « Depuis les années 1970, il avait la réputation d’avoir des mains baladeuses », rapporte Marie-Claire.

Une vie de mensonge et d’omission

Peu savent expliquer comment Jean-Claude Arnault, électricien de formation, a réussi à gravir les échelons de l’élite intellectuelle suédoise. Tout ce sur quoi était basée son influence s’est révélé être un mensonge. Lien de parenté avec Bernard Arnault, le patron de LVMH, Normalien, photographe, soixante-huitard, célébrité en France… Tout lui était attribué sans vérification. Mais rien n’est vrai. Tout servait à entretenir le mythe de l’homme qui s’était marié à Katarina Frostenson, traductrice, poétesse et écrivaine de théâtre. Le Forum, scène culturelle prisée de Stockholm, qu’ils ont monté ensemble, est la seule chose qu’il ait vraiment accompli. Celui dont l’autorité n’était jamais contestée a ainsi construit son image de (dé)faiseur de carrière qui l’a longtemps protégé face aux accusations, jusqu’à aujourd’hui.

Toujours soutenu par sa femme et ses proches, il a plaidé non coupable. Le procès fait grand bruit ici, alors que la Suède est souvent citée comme pionnière en matière de féminisme. A l’issue de son procès, il risque entre deux et six ans de prison.

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