Allemagne 🇩🇪

Les controverses du traité d’Aix-la-Chapelle

Angela Merkel et Emmanuel Macron signaient, mardi 22 janvier, le traité d’Aix-la-Chapelle pour «compléter» le traité de réconciliation de l’Elysée de 1963. Une signature, à moins de quatre mois des élections européennes, qui n’a pas manqué de faire réagir des deux côtés de la frontière.

Les chefs d’Etat souhaitent raviver et sceller l’amitié franco-allemande. Une idée qui n’est pas nouvelle. Dès 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, avait déjà envisagé cette possibilité avec son homologue allemand Joschka Fischer. Mais le traité avait été mis aux oubliettes jusqu’en septembre 2017 et le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne. L’instabilité gouvernementale allemande a toutefois empêché les discussions d’avancer. Finalement, c’est près d’un an et demi plus tard que les deux pays s’accordent dans cette ville historique. Une signature hautement symbolique pour les deux lauréats du Prix Charlemagne qui récompense les personnalités remarquables s’étant engagées dans l’unification européenne. La date n’est pas non plus choisie au hasard par Merkel et Macron. En effet, depuis leur début de mandat respectif, ils doivent faire face à une montée de l’extrême droite et une vague d’euroscepticisme à la veille des nouvelles élections européennes. Ce traité offre un nouvel élan au couple franco-allemand qui s’est toujours placé en moteur des valeurs européennes. Avec cette signature, la France et l’Allemagne s’engagent à renforcer leurs échanges économiques, diplomatiques, sécuritaires, culturels et environnementaux. Avant d’entrer en vigueur, il devra être ratifié par les Parlements nationaux. Mais cette signature est loin de faire l’unanimité dans les deux pays comme en témoignent les huées, sifflets et les «Macron démission» lancés lors de la  poignée de main des deux chefs d’Etat au pied de l’hôtel de ville.

L’inquiétude économique en Allemagne

Le parti Alternative für Deutschland (AfD), extrême droite allemande, n’a pas caché son inquiétude quant à la tournure économique que le traité pouvait prendre. Armin-Paulus Hampel, porte parole du parti pour la politique étrangère, évoque dans un article du site allemand Finanzen.net qu’il faut «toujours craindre que les Français ne veuillent influencer l’économie allemande par leur politique de dépense inutile et […] que les Allemands paient pour les dettes de la France». Une menace qui semble bien loin du contenu du traité qui envisage «d’instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes». Les pays gardent le contrôle de leur économie avec comme objectif d’avancer ensemble.

Image de l’hémicycle du Bundestag, Parlement allemand (Image wikipédia : Qualle)

De son côté, le parti écologiste «Die Grünen» qualifie ce traité de «décevant». La porte parole du parti Vert, Franziska Brantner, explique au quotidien Der Spiegel qu’il ne contient pas «d’objectifs concrets et surtout aucune ambition franco-allemande pour l’Europe». Une remarque recevable puisqu’il reste assez flou sur la création de cette «zone économique franco-allemande» et la législation qui y sera rattachée. Mais au delà du point de vue économique, les autres chapitres que contient le texte n’évoquent pas de révolution majeure dans les relations entre les deux pays. Le reste des partis politiques allemands comme le SPD, la CSU ou les FDP, qui constituent la coalition au pouvoir, s’accordent pour saluer ce rapprochement entre l’Allemagne et la France. De l’autre côté de la frontière, les critiques des partis populistes sont sévères et évoquent un traité désavantageux pour la France.

L’extrême droite française farouche opposante à ce traité

Ces derniers jours, le Rassemblement National de Marine Le Pen ou son ancien allié Nicolas Dupont-Aignan ont vivement dénoncé ce traité. La présidente du RN a notamment déclaré que la France s’apprêtait «à partager son siège au Conseil de sécurité de l’ONU avec l’Allemagne». Cette déclaration intervient quelques mois après celle du vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, qui sommait la France de donner son siège de membre permanent à l’Union européenne. Or le traité ne l’envisage pas, il cherche plutôt de multiplier les échanges entre l’Allemagne et la France «afin de promouvoir aux Nations Unies les positions et les engagements de l’Union européenne face aux défis et menaces de portée mondiale». La France restera toutefois titulaire de son siège de membre permanent au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU. Ces déclarations marquent une nouvelle fois la fracture entre l’extrême droite française et le parti d’Emmanuel Macron au pouvoir à quatre mois des élections européennes, qui se dérouleront entre le 23 et le 26 mai prochains.

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