Corée du Sud 🇰🇷

Corée du Sud : « La chirurgie plastique est devenue l’élément catalyseur du succès »

Le pays du matin calme pourrait bien être renommé pays du bistouri : un tiers des Coréennes âgées de 19 à 29 ans ont recours à la chirurgie esthétique. Faire appel à de telles pratiques est devenu habituel dans ce pays aux coutumes ultra-compétitives; il faut à tout prix être la plus belle. 

Le visage enrubanné, deux jeunes coréennes patientent sur le quai de la ligne 3 à la station d’Apgujeong — au nord de Gangnam — quartier qui regorge de cliniques de chirurgie esthétique. Le métro séoulite est un véritable vivier pour qui cherche à percer les moeurs des jeunes coréennes en matière de beauté. On ne compte plus les séances de maquillage express, les check-up dans les vitres ou les bigoudis dans les franges. Même à l’université, au beau milieu d’un cours théorique d’investissement, on prend le temps de se refaire une beauté, miroir en main, face à l’enseignant. Tout doit être parfait et épouser les critères de beauté. C’est ainsi que près d’un tiers des jeunes coréennes âgées de 19 à 29 ans ont recours à la chirurgie esthétique

L’aspect physique est primordial

La Corée du Sud est un pays ultra-compétitif. Que ce soit en matière d’éducation, de statut social ou encore d’apparence. C’est pourquoi, pour réussir, il faut être beau. Et ici, être beau signifie coïncider avec des standards de beauté extrêmement rigides. La raison principale de cet engouement pour la chirurgie plastique est avant tout sociale pour Nawael Khelil — auteure d’une étude sur la beauté selon les critères Sud-Coréens. Dans cette société où les entreprises n’hésitent pas à recruter sur critères physiques, « la chirurgie plastique est devenue l’élément catalyseur du succès ».

Un engouement qui pèse lourd

Le business de la K-beauty est plus que juteux pour la Corée du Sud. Cette fructueuse industrie ne pèse pas moins de 13 milliards de dollars selon les chiffres de Mintel en 2018. Si elle doit beaucoup à la chirurgie plastique — 70% des opérations concernent le visage, et en particulier le nez — on ne compte plus les masques, les crèmes ou autres produits de beauté disposés le long d’immenses gondoles au supermarché.

Économiquement, l’industrie coréenne de la beauté semble étincelante. Cependant derrière cette première couche de highlighter se cache une autre réalité; et bien moins belle. 

De « K-pop » à « Escape the Corset »

Outre les publicités pour des opérations placardées dans tout Séoul, il suffit d’écouter autour de soi pour prendre conscience de l’ampleur de la pression sociale liée à l’apparence. Le mot régime est présent dans toutes les bouches. Prendre l’ascenseur alors que l’on en suit un est source de vives critiques de la part de ses amis… La K-pop a fortement participé à la démocratisation de cette culture du corps; les artistes n’hésitent pas à mettre en avant le fait que leurs transformations physiques a propulsé leur carrière en Corée, mais également à l’étranger. 

Face à cette vitrine de la perfection certaines voix commencent à se faire entendre. C’est le cas du mouvement féministe « Escape the Corset » créé à la suite de #MeToo par Lina Bae. En juin 2018, elle poste une vidéo sur Youtube dénonçant commentaires et moqueries que subissent la plupart des jeunes filles coréennes ne répondant pas au critères de beauté. Plus de 7 millions de vues plus tard, les mentalités ne semblent pourtant pas avoir évolué. Si modifier des visages est quelque chose de naturel au sud de la péninsule coréenne, faire évoluer les moeurs serait davantage bienvenu.

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