Allemagne 🇩🇪

Le projet Nord Stream 2 sous la pression des enjeux géopolitiques

Jamais la dépendance énergétique de l’Allemagne n’avait fait autant débat. Le projet de gazoduc Nord Stream 2 prévoit de relier la Russie et l’Allemagne par la mer Baltique. Cette nouvelle importation énergétique, essentielle à l’Allemagne, fait peur à l’Europe et aux Etats-Unis, qui tentent de mettre un frein à ce projet.  

Cette immense construction reliera les villes de Ust-Luga, en Russie, et Greifswald, en Allemagne. Un gazoduc de 1200 kilomètres de long devrait permettre une importation supplémentaire de 55 milliards de mètres cubes par an ; un apport énergétique considérable dont l’Allemagne ne peut se passer. La fin annoncée du nucléaire en 2022 et l’objectif de cesser l’utilisation des centrales à charbon d’ici 2030 poussent l’Allemagne à trouver d’autres alternatives. L’option privilégiée semble être le gaz naturel comme en témoignent les chiffres de l’association allemande des bilans énergétiques. Sur la période 1990-2017, la consommation globale de gaz a augmenté de 41%, la plus forte hausse sur cette période. En 2017, le gaz naturel représentait la deuxième consommation d’énergie primaire, soit 23,8% de la consommation totale, derrière le pétrole (34,6%). Mais l’Allemagne n’est pas en capacité de répondre à cette demande intérieure ce qui l’oblige à se tourner vers l’offre extérieure russe.

Trajet du gazoduc Nord Stream 2

Le gaz russe, ressource indispensable pour l’Allemagne

La Russie, en tant que premier exportateur de gaz naturel au monde, s’appuie sur cette Allemagne qui représente un très gros client. Karen Müller-Oestreich, professeure d’économie à l’Université d’Aachen, explique que “le gouvernement allemand est très favorable à ce projet, car l’Allemagne dépend beaucoup du gaz russe”. Plus d’un tiers du gaz importé en Allemagne vient de Russie et cette dépendance fait peur à l’Union européenne et même outre-Atlantique. Et pour cause, l’entreprise maitresse dans cette affaire se prénomme Gazprom. En exploitant les ressources naturelles dont disposent la Sibérie et la mer de Barents, le géant de l’énergie russe s’est imposé comme le leader mondial en la matière. Mais au-delà de la puissance économique de l’entreprise, c’est sa proximité avec le gouvernement russe qui inquiète. Détenu majoritairement par la Russie, les clients de Gazprom et le reste des Etats membres de l’Union européenne se questionnent sur une future collusion avec la Russie au détriment des intérêts européens. Face à cette appréhension, ce projet de gazoduc Nord Stream 2 prend une tournure géopolitique.

Angela Merkel à gauche serrant la main du Président Russe Vladimir Poutine lors d’une rencontre le 2 mai 2017

Les coups de frein européens et américain à ce projet

Lors du sommet de l’OTAN en juillet dernier, Donald Trump avait accusé l’Allemagne d’être “prisonnière de la Russie” et avait soulevé l’aspect paradoxal de cette dépendance : “ils paient des milliards de dollars à la Russie et nous, nous devons les défendre contre la Russie”. Karen Müller-Oestreich abonde également en ce sens : “la Russie subit des sanctions de la part de l’Europe lors de l’invasion de la Crimée alors qu’on achète en même temps tout leur gaz, c’est de l’hypocrisie”. La tournure politique prise par ce projet révèle la méfiance grandissante de l’Europe vis-à-vis de la Russie. “Elle pourrait s’en servir pour appuyer des pressions politiques”, explique-t-elle. L’Union européenne compte bien prendre les devants et protéger les intérêts du vieux continent. L’Europe souhaite notamment l’assurance du contrôle du gazoduc en donnant la responsabilité au pays d’arrivée, en l’occurrence l’Allemagne, et non à l’exploitant russe Gazprom. De son côté, les Etats-Unis menacent de sanctionner les entreprises qui prendraient part à ce projet. Cela ne semble toutefois pas freiner la compagnie énergétique russe qui a annoncé l’achèvement de 40% du gazoduc pour une finalisation prévue dans le courant de l’année 2019.

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