Allemagne 🇩🇪

Tour d’horizon des prisons allemandes

Alors que la France est bien souvent pointée du doigt pour sa surpopulation carcérale, l’Allemagne, de son côté, affiche un bien meilleur bilan. Le pays propose des services différenciés et privilégie la réinsertion. Certaines limites sont toutefois soulevées par les professionnels du secteur.

Avec 82 millions d’habitants, l’Allemagne est le plus grand pays d’Europe. Mais au-delà cette puissance démographique, le pays affiche des chiffres carcéraux très bons comparés à son voisin français. Au 30 novembre dernier, l’Allemagne comptait 64 643 prisonniers répartis dans les 179 établissements du pays, bien loin des 71 828 prisonniers pour 186 prisons que compte la France. Ce chiffre, faible comparé à sa population, offre ainsi à l’Allemagne un taux d’occupation très raisonnable de 85,6%. Mais si on se creuse un peu plus les chiffres du ministère de l’Intérieur, on constate que dans certains Lander, l’équivalent des régions en France, les prisonniers étrangers représentent près de la moitié de la population carcérale. À Berlin par exemple, on dénombre 51% de prisonniers étrangers. Un signe qui s’explique par une augmentation d’individus radicalisés, comme l’explique le ministre de la Justice de Stuttgart, Guido Wolf, au journal RP Online : « Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour détecter les signes de radicalisation islamiste à un stade précoce et pour nous y opposer résolument ».

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Les Lander chargés de la gestion des prisons

Chaque Land administre ses prisons comme il le souhaite. Les peines sont toutefois identiques. En effet, la justice est la même pour tout le pays. Mais la différence géographique révèle parfois des disparités. Chaque land ne compte pas le même nombre d’établissement pénitentiaire. En haut du classement, la Bavière détient 36 établissements pénitencier  et la Westphalie du Nord où l’on dénombre 19 établissements. A l’inverse, on retrouve en bas de classement les Lander situés majoritairement au Nord de l’Allemagne avec un seul établissement pour Brème et 2 prisons seulement pour le Land de Sarre, situé à la frontière française. La gestion différenciée des Lander entraine également une différence de traitement des prisonniers. Eliane Martinez, coordinatrice du réseau international du site Prison insider, explique que certains détenus demandent d’effectuer leurs peines dans un autre Land que celui où ils ont commis un crime ou un délit afin d’éviter des traitements plus durs. La Bavière, par exemple, est connue pour son traitement très strict de ses prisonniers. D’un autre côté, certain Land comme Berlin mise davantage sur la réinsertion dans des établissements de semi-liberté. Ces établissement permettent de travailler en journée avant de retourner vers 18h dans la prison pour y dormir. Cette politique de réinsertion permet ainsi d’éviter les récidives et c’est un réel objectif pour Berlin qui compte pour le tiers d’établissement de ce genre.  L’Allemagne semble vouloir adopter cette même voie, en construisant de nouveaux établissements de ce type sur tout le territoire. Le nombre exact de construction n’est pas connu mais Eliane Martinez l’assure de nombreux établissements de ce type sont actuellement en construction. Malgré cette réelle volonté de développer la réinsertion, certains experts dénoncent quelques points noirs dans ce système pénitentiaire et notamment le rôle des travailleurs sociaux.

Le poids des travailleurs sociaux fait grincer des dents

Le poids des travailleurs sociaux fait partie des problèmes soulevés par certains experts. En Allemagne, les travailleurs sociaux ont un rôle très important, trop élevé selon ces spécialistes. Ils échangent directement avec les prisonniers comme en France, mais contrairement au système français, ils prennent les décisions relatives aux conditions de détentions du prisonnier ou sur la réduction d’une peine en cas de bonne conduite. Et ceux, sans la moindre consultations. Une position de puissance qui rend parfois les échanges plus que tendus avec les prisonniers. Un avis subjectif de l’un des travailleurs à l’égard d’un prisonnier peut donc entraîner un temps carcérale plus long que celui dont il aurait pu bénéficier. Ces experts préconisent de répartir ce pouvoir afin d’éviter les décisions litigieuses avec la création d’un comité par exemple pour étudier le cas d’un prisonnier en s’appuyant sur les observations en amont du travailleur social. Ce point d’amélioration majeur pourrait évoluer dans les prochaines années. En attendant, les conditions satisfaisantes des prisons allemandes restent très majoritairement vantées par les observateurs.

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