Allemagne 🇩🇪

Ursula von der Leyen ou la future présidente, mal aimée, de la Commission européenne

L’après élections européennes aboutit enfin à la nomination des grandes figures de l’Union européenne pour les cinq prochaines années. Parmi elles, celle de l’allemande Ursula von der Leyen, au poste de présidente de la Commission européenne, fait face un rejet très important outre-Rhin.

Encore inconnue il y a quelques jours, Ursula von der Leyen crève l’écran depuis sa nomination, par le Conseil européen, au poste de présidente de la Commission européenne. L’Allemande de 62 ans, mère de sept enfants, devrait  devenir, à la suite du vote du Parlement, la première femme à pourvoir ce poste. Proche d’Angela Merkel depuis ses débuts en politique, Ursula von der Leyen est connue pour ses positions affirmées sur certains sujets qui lui ont valu de nombreuses critiques en Allemagne. À l’arrivée de Merkel à la chancellerie en 2005, elle est choisie comme ministre fédérale de la Famille. Elle engagea des mesures novatrices comme le salaire parental qui permet aux parents de s’arrêter de travailler et de toucher jusqu’à 1 800 euros par mois pendant les 14 premiers mois de l’enfant. Loi qui sera très mal accueillie par une partie de l’Église catholique favorable à la CDU. Mais c’est au poste de ministre de la Défense, qu’elle intègre en 2013, que son image se dégrade. En effet, Ursula von der Leyen a multiplié les opérations extérieures allemandes notamment au Mali, aux côtés de la France. Des interventions vues d’un bon œil par ses voisins mais la vision est tout autre outre-Rhin et au sein même de son parti. Car malgré cette volonté d’intervenir sur le terrain, le budget de la défense, lui, n’augmente pas. Ce sous-investissement chronique dans l’armée lui sera d’ailleurs reproché à la mort de deux militaires depuis sa prise de poste. Un triste bilan qui lui vaut le titre de la ministre la plus détestée du gouvernement selon le dernier baromètre du journal der Spiegel avec 78% d’opinions défavorables.

Ursula von der Leyen (à droite) aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel
(crédit photo : Olaf Kosinsky)

Un choix qui reflète l’échec des Spitzenkandidaten

Aucun tabloïd n’aurait pu pronostiquer sa nomination avant les élections européennes. Et pour cause, elle ne faisait pas partie de cette liste des Spitzenkandidaten mis en avant à de nombreuses reprises au cours de cette campagne européenne. Chaque grand groupe politique du Parlement avait en amont nommé un Spitzenkandidat censé prétendre à ce poste de président de la Commission européenne. Seulement voilà, le Conseil européen, composé des dirigeants de l’Union européenne, n’est pas parvenu à s’accorder sur la nomination de Manfred Weber. Ce membre de la CSU bavaroise, soutenu par Angela Merkel et choisi comme Spitzenkandidat par le Parti populaire européen, représentait le vainqueur des élections européennes avec 182 sièges sur les 751 sièges que compte le Parlement. Il paraissait donc naturel qu’il soit choisi. Mais le président français, Emmanuel Macron ne voyait pas ce choix d’un très bon oeil. Jugé inexpérimenté par le président français, il sera très vite écarté des discussions. Il en sera de même quelques jours plus tard pour le Spitzenkandidat sociaux-démocrates, Frans Timmermans, qui fut cette fois-ci refusé par les membres du groupe de Visegrad [groupe informel qui réunit la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie]. Alors vice-président du Parlement lors de la précédente législature, il avait engagé des procédures pour violation de l’État de droit contre la Hongrie et la Pologne. Des prises de positions que le groupe de Visegrad n’a pas appréciées entrainant un refus immédiat de sa candidature. Ce système des Spitzenkandidaten a montré ses limites lorsque le nom de Ursula von der Leyen est sorti des couloirs du Conseil européen. Cette ministre allemande qui n’avait même pas envisagé devenir députée européenne se retrouve propulsée à ce poste clé par les chefs d’Etat et de gouvernements européens. La trahison est immense pour les grands partis européens qui voient dans ce choix une tricherie et un non-respect des résultats des élections européennes. Mais à l’échelle de l’Allemagne, cette nomination a bien failli plonger la grande coalition au gouvernement dans la crise.

Les drapeaux européens devant la Commission européenne

Un gouvernement allemand dans la tourmente ?

Si l’on s’en tenait aux déclarations de certaines grandes figures de cette collation, la pérennité de l’alliance semblait fortement remise en cause. À commencer par celle de Sigmar Gabriel, ancien dirigeant du SPD qui dénonce un « acte de tricherie sans précédent » ou encore celle de Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, qui considère Ursula von der Leyen comme la « ministre la plus faible » du gouvernement actuel. Mais Merkel a bien calculé son coup afin d’éviter une nouvelle crise politique. Lors du vote pour entériner le choix de « Rosie », de son surnom, la chancelière allemande a pris le soin de s’abstenir évitant ainsi une nouvelle rupture avec le SPD. Finalement, le couple franco-allemand sort grand vainqueur de cette nomination : Merkel en plaçant une de ces très proches alliées à un poste clé et Macron en appuyant sa vision d’une Europe militaire forte partagée Von der Leyen. Il reste toutefois encore quelques jours à la ministre allemande pour convaincre les membres du Parlement d’accepter sa nomination lors du vote le 16 juillet prochain.

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